

La matinée fut mouvementée: entrée de Barack Obama (USA), proposition surprise de la présidence danoise, “coup de gueule” de la Chine, claque de la Bolivie magistralement administrée par Evo Morales… A 15h, les négociations semblaient plombées et sans issue. Elle se sont conclues sur cette déclaration d’Hugo Chavez (Vénézuela) : “Copenhaguen ne peut pas finir comme ça, sur cette frustration.” Séance suspendue…
Je reprendrais juste ces mots du président bolivien ce vendredi de fin de sommet : “Si nous voulons sauver la terre, il faut changer le système capitaliste.” Notez que c’est l’un des seuls chefs d’état à s’être déplacé au contre-sommet (le KlimaForum) et à être arrivé si tôt à Copenhague.
La pause de l’après midi n’en est pas une, des cris et des montées d’humeur se font entendre dans les délégations. Un militant expérimenté de préciser calmement : “À la même heure à Bali, nous en étions au même point. Dans la nuit, la “feuille de route de Bali” avait été adoptée et sert encore de base aux négociations actuelles [(ce fût une grande avancée)]“.
Dans l’après-midi, nous apprenons que Barack Obama va prolonger sa présence au Danemark (une réponse à Evo Morales qui l’avait fortement remis en cause sur sa participation d’apparance) et qu’il est actuellement en réunion avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy pour essayer de trouver des propositions un peu plus ambitieuses que le néant absolu proposé jusque là.
Complètement à contre-pied avec ces nouvelles dramatiques, la déclaration des peuples sur le climat “Changeons le système, pas le climat” a été lue (extraits) en séance pleinière de la COP15. L’ONU devrait la traduire en 6 langues et peut-être lui faire prendre un rôle plus officiel. Alors que nous nous dirigeons vers un échec politique majeur et que la société civile a prouvé ses capacités de mobilisation constructive, les ONG sont encore sous-considérées et sont priées de sortir lorsque “les grands de ce monde” entrent en scène. La société civile ne pourra accepter cela et devra réagir certainement officiellement à cette schizophrénie et à l’incapacité des gouvernements à laquelle nous assistons.

La journée se finit en fait le lendemain matin, vers 8h. Aucun texte juridiquement contraignant n’a fait surface. La seule déclaration politique qui a été proposée n’est même pas signable par la majorité des états : elle a été négociée en petit comité par les pays les plus développés. C’est la cristalisation de deux mécanismes, qui forment certainement les deux grandes crises du Nord :
- se sauver la face en créant des effets d’annonce (“un accord a été trouvé à copenhague”)
- l’échec de la démocratie (éthymologiquement “le pouvoir aux peuples”), en particulier internationale mais pas seulement.
Nous pouvons maintenant nous poser la question des grands vainqueurs de ce sommet … Ils peuvent être (en reprenant le 21/12/2009 dans l’express.fr) :
- Les lobbies du pétrole, du charbon et des transports (aériens et maritimies) : Copenhague n’a en rien limité leurs émissions.
- La Chine et l’Inde : Elles placent leur croissance au dessus des enjeux climatiques et n’ont en rien été limitées en ce sens… Je rajouterai que ce modèle est largement porté par le Nord car très profitable au modèle capitaliste poussé par ces mêmes régions.
- Les USA peuvent retourner travailler sur la réforme de leur système de santé et Nicolas Sarkozy a gagné en crédibilité grâce à un discours fort, même s’il tenait très largement à une posture politique…
Les grands perdants comptent nombre de pays du Sud, d’êtres humains, de forêts primaires, d’espèces animales et végétales… Nous noterons cependant :
- les états insulaires (les Maldives, les îles Tuvalu, …), les peuples indigènes
- l’Afrique en général
- le Danemark qui a prouvé son incapacité à faire naître les conditions d’une démocratie internationale nécessaire
- les ONG qui ont mobilisées tant d’énergie, de moyens, de temps… pour rien sur le volet officiel au final …
- le seul point qui peut nous réjouir : les climato-sceptiques, car la seule conclusion tenable à ce sommet est le consensus qui s’est dégagé sur le maintient à un réchauffement climatique de 2°c maximum par rapport à l’époque pré-industrielle
Un petit bilan climatique de ce rendez-vous : 46200 tonnes de CO2 pour déplacer (jets privés & co), loger, nourrir et construire les moyens nécessaire à l’accueil de toutes ces personnes…
Nous clôturerons ce sommet sur quelques citations :
Bien que ATTAC relève que la «convergence inédite entre mouvements sociaux, mouvements écologistes, mouvements de solidarité internationale» observée à Copenhague fait réellement «naître un nouvel espoir et constitue un tournant du mouvement altermondialiste», Evo Moralès, lui, critique les “méthodes employées” et Hugo Chavez parle “d’un coup d’Etat contre les Nations unies“. L’Union Africaine annonce de son côté que l’”échec [des négociations est] synonyme de mort pour l’Afrique…“.
Restons très mobilisés, très attentifs. Les prochains rendez-vous seront :
- À Bonn (Allemagne) autour de l’été
- À Mexico (Mexique) fin novembre début décembre 2010